Psychose, mode d’emploi (bases psychiques de la covidéologie)

Un extrait de l’article écrit par Slobodan Despot dans l’Antipresse n° 264.

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Panique de rigueur


Tout au début de la pandémie, j’ai été inclus dans des réseaux d’échange d’informations impliquant des cadres de sociétés multinationales. Assez rapidement, j’ai fini par survoler d’un œil distrait les messages: on ne faisait que relayer les nouvelles médiatiques les plus alarmantes sans jamais les mettre en doute ni les contrebalancer par des analyses indépendantes. Le même conformisme régnait dans les revues et plateformes spécialisées dans la technologie ou le business. La seule option agréée était celle du «all out panic». Panique intégrale! Nous étions confrontés à la nouvelle peste bubonique, toute contestation de cette vérité vous attirait des regards soupçonneux (et des étiquettes infamantes). Des dysfonctionnements graves de la communication scientifique, comme les erreurs de modélisation désastreuses de Nigel Ferguson et de l’Imperial College, ou les études bidon publiées dans le Lancet ou le New England Journal of Medicine, étaient parfois mentionnés avec un smiley dubitatif, mais jamais on ne prenait la peine de tirer les conclusions qui s’imposaient. A la différence des humanistes sceptiques et du public ordinaire (lorsqu’il avait accès à ces informations), les technocrates n’ont jamais été affectés par ces démentis de leur vision catastrophiste et ultrasécuritaire. Les gardiens de la raison gestionnaire n’ont pas fait barrage à l’hallucination collective, ils en étaient des relais passifs ou actifs.

«Qu’ont-ils fait de leur esprit critique?» me suis-je demandé, me rappelant que le critical thinking est l’une des disciplines de base dans les grandes écoles de management où tous ces apparatchiks passent leur MBA.

J’ai eu l’occasion d’étudier de près le programme d’une des écoles de business les plus prestigieuses au monde. On s’y targuait d’apprendre aux étudiants — qui étaient déjà des professionnels actifs à des postes de responsabilité —, à «penser par leur propre tête». L’accent mis sur cette discipline m’a laissé pensif. Parce qu’ils ne l’ont jamais appris avant? A voir la réaction façon «banc de poissons» de la technocratie corporative au printemps 2020, je me suis demandé si cette composante de leur formation signifiait quelque chose. J’ai donc rouvert leurs livres de classe.

La disponibilité mentale, porte d’entrée de la manipulation

Parmi ceux-ci, les travaux du prix Nobel Daniel Kahneman occupent une place… pontificale. Sa théorie des deux vitesses de la pensée (Système 1: l’intuitive, fulgurante et peu fiable; Système 2: la rationnelle, lente et minutieuse) est un incontournable dans la formation de l’élite dirigeante de la technosociété. Il enseigne à se méfier de son intuition, prendre du recul et passer ses réflexes au crible d’une analyse posée et méthodique. Penser lentement, décider rapidement!

Or, c’est dans le livre même où cette théorie axiale est exprimée que j’ai trouvé la meilleure clef de compréhension, à ce jour, de la psychose délirante où nous vivons. Dans Thinking, Fast and Slow(1), Kahneman s’attache à débusquer des «biais cognitifs» surprenants dans les raisonnements courants, même chez les gens formés et payés pour réfléchir. Au 12e chapitre, il s’attarde sur la «science de la disponibilité» en se référant aux travaux de son collègue Paul Slovic, de l’Institut de recherche d’Eugene, dans l’Oregon. Slovic et son équipe avaient montré que notre démarche heuristique (acquisition de connaissances) était bien davantage influencée par la disponibilité des éléments d’information que par leur fiabilité ou leur véracité — la paresse mentale étant l’un des paramètres essentiels de l’esprit humain. Lorsqu’on demande aux sujets du groupe A de se rappeler six moments où ils ont agi de manière affirmative, et à ceux du groupe B de se rappeler douze moments pareils, les sujets du groupe A se considèrent en fin de compte plus sûrs d’eux-mêmes que ceux du groupe B, qui ont dû fournir un plus grand effort pour répondre aux critères. Ceci, alors même que le sujet du groupe B, en principe, est objectivement plus sûr de lui. La fluency (aisance d’accès) des informations est l’élément clef de la construction des certitudes ordinaires.

On le voit d’ici: nous tenons là la porte d’entrée de la propagande de masse («un mensonge répété cent fois devient une vérité»).

La cascade hallucinatoire

Mais le mécanisme qui nous intéresse est décrit au chapitre suivant, «Disponibilité, émotion et risque». On y fait intervenir un facteur nouveau: celui de la médiatisation. Ainsi, dans la population générale, les opinions quant à la fréquence des causes de mortalité apparaissent directement liées à la couverture médiatique. («Les crises cardiaques causent presque deux fois plus de morts que tous les accidents cumulés, mais 80% des répondants jugent la mort par accident plus probable.»)

Dans l’examen de l’interaction public-médias, deux autres psychologues, Cass Sunstein et Timur Kuran, ont forgé le concept de cascade de disponibilité. Il s’agit d’«une suite d’événements qui font boule de neige», comme dans la surenchère astronomique des médias serbes lors de l’éclipse d’août 1999.

Cette cascade, explique Kahneman (p. 142), peut être déclenchée par l’exploitation médiatique d’un sujet «relativement anodin» et entraîner, en fin de compte «la panique du public et une intervention musclée de l’Etat».

Sujet relativement anodin? Kahneman cite des cas de pollution locale qui deviennent des motifs d’inquiétude nationale, ou d’infimes risques d’empoisonnement aux pesticides qui ont pratiquement tué aux USA la vente des pommes, devenues «cancérigènes». Mieux encore: le dégât concret n’est pas nécessaire. Un risque suffit.

«Dans certains cas, la couverture médiatique d’un risque captive un segment du public, qui devient alors agité et inquiet. Cette réaction émotionnelle devient ensuite un sujet en soi, qui sera à son tour abordé par les médias.»

Observons bien: nous n’en sommes plus au stade du dégât concret, ni même du risque qu’il survienne. Nous en sommes à gérer la réaction du public au risque d’un mal qui n’a pas encore pointé le bout de son nez, soit à deux stades d’abstraction au-dessus du fait en soi! Résultat?

«L’inquiétude ne fait que décupler et les esprits s’échauffent encore davantage. Parfois, le cercle vicieux est même délibérément créé par des “agents de disponibilité”, ces personnes ou ces organisations qui veillent à la circulation ininterrompue de nouvelles inquiétantes. Le risque est de plus en plus exagéré au fur et à mesure que les médias se disputent l’attention du public au moyen de titres accrocheurs.»

Des agents de disponibilité? Des semeurs de panique délibérés? N’allons pas convoquer les ténèbres du complot. Nous suffisent les médias qui nous lavent le cerveau du matin au soir en agitant le spectre du risque et le confondant avec le danger lui-même. Dans le cas du Covid, on l’a entendu mille fois: certes, ce n’est pas la peste, mais elle est pour demain si… (Et d’avancer des modélisations bidon à l’appui, toujours catastrophistes.)(2)

Couronnement de la manœuvre: la psychose se mue en dogme et développe son idéologie propre. S’ensuit nécessairement la purge des hérétiques:

Le discours des scientifiques et de ceux qui tentent de dissiper les craintes et la révulsion grandissante suscite peu d’intérêt, mais beaucoup d’hostilité: quiconque ose affirmer que le risque est surévalué est soupçonné d’être affilié à un complot odieux.

En covidéologie, on voulu faire croire que le «discours des scientifiques» était, au contraire, unanimement du côté des alarmistes. Puis, malgré la chape de plomb médiatique, il s’est avéré qu’un grand nombre de scientifiques de renom ne croyaient pas au récit imposé. On connaît le Dr Raoult en France, mais il en va de même en Allemagne (Sucharit Bhakdi, l’un des plus illustres microbiologistes mondiaux), aux USA (le prof. John Ioanidis de Stanford), en Grande-Bretagne (Dr John Lee), etc.

Dans une construction idéologique, cela ne change rien à l’affaire. La Déclaration de Great Barrington, initiée en octobre par des médecins de Harvard, Stanford et Oxford, condamne la politique du confinement comme rétrograde et contreproductive. Elle a été signée par plus de 15’000 autorités médicales et scientifiques dans le monde. Pourtant, cela n’a pas plus influencé les politiques et leurs «experts» (souvent inconnus) que s’il s’était agi d’une pétition de collégiens. A contrario, des bureaucrates sans aucun crédit scientifique — voire les «modérateurs» anonymes de Twitter — sont autorisés à juger et censurer le travail de praticiens et de chercheurs chevronnés. «Un argument d’autorité» qui, selon le Dr Raoult, n’a été vu «que dans les situations de fascisme ou chez Ceausescu… c’est spectaculaire!»

On en arrive ainsi à classer parmi les complotistes aussi bien les cliqueurs nocturnes survoltés que des sommités de la science. Tous sont logés à la même enseigne. Seuls sont «compétents» pour gérer la crise les technocrates et leurs «experts» cooptés sur des critères incertains (parmi lesquels leur proximité avec l’industrie pharmaceutique se profile tout de même comme une constante). Les dissonants sont discrédités et bâillonnés à la hâte, arbitrairement, sans argument de fond (comme le Dr Perronne vient d’en faire l’expérience). Et personne, pas même les pachas et les vizirs du système, n’est à l’abri de la purge.(3)

Expertocratie, la course à la ruine

Enfin, nous arrivons à l’apothéose. Partant d’un «sujet relativement anodin», on créé une hypnose collective qui occupe désormais tout l’horizon mental de la société.

«La cascade de disponibilité a remis à zéro les priorités. Les autres risques et les autres manières de distribuer les ressources publiques sont passés à l’arrière-plan.»

C’est pourquoi, entre autres choses, les mises en garde sur les dégâts collatéraux de la «guerre» à la pandémie, économiques, psychologiques ou sanitaires, restent lettre morte. Même les nouveaux risques directement induits par la covidéologie disparaissent du champ de vision. Les hôpitaux ferment tous leurs services «cause Covid», quitte à rester déserts. Les patients ne sont plus pris en charge, les opérations urgentes sont renvoyées ad æternam(4). Les sociétés les plus médicalisées au monde laissent leurs malades au bord du chemin.

Le monde occidental, en particulier, est devenu un château de la Belle au Bois dormant. Les responsables politiques dépassés laissent la barre à des experts psychorigides à la voix métallique qui semblent tout droit sortis des laboratoires de la biorobotique. Des chiffres sont invoqués comme des formules magiques.

Là encore, Kahneman, ou plutôt son collègue Slovic, nous avait prévenus: face au risque, les experts sont généralement moins bien armés que le commun de la population.

«Il souligne que les experts mesurent souvent les risques par le nombre de vies (ou d’années de vie) perdues, tandis que le public trace des distinctions plus subtiles, par exemple entre les “bonnes” et les “mauvaises” morts… Ces distinctions légitimes sont souvent ignorées dans la statistique qui ne tient compte que des cas. Slovic en déduit que le public a une conception plus affinée du risque que les experts. Il conteste donc fortement l’idée que les experts doivent diriger, ou que leurs opinions doivent être acceptées sans conteste lorsqu’elles entrent en conflit avec les opinions et les souhaits des autres citoyens.» (p. 140)

D’éclipse en éclipse

Comme en cet étrange 11 août 1999, j’ai été frappé tout au long de l’année 2020 par le silence aligné — honneur aux exceptions — des «sachants» sur la dérive psychotique qui s’amplifiait sous leurs yeux. Personne n’avait donc lu Kahnemann, en particulier cette page 142 de son livre qui nous donne en trente lignes le scénario complet? L’auteur lui-même avait anticipé cet aveuglement en observant, non sans ironie, que la tendance à l’auto-illusion des individus s’aggravait à proportion de leur puissance, réelle ou perçue (p. 135). Les chefs, selon lui, ont plus tendance à «suivre le troupeau» que les subalternes, alors qu’on s’attendrait plutôt au contraire. (Molière et Gogol, eux, avaient bien compris et illustré ce paradoxe.)

Les cadres supérieurs de la société occidentale avancée sont-ils enflés et stupides à ce point? J’ai souvent été tenté de répondre «oui». Mais je leur laisse une porte de sortie qui est encore pire. Peut-être savent-ils parfaitement tout ce que je viens de décrire — après tout, cela vient de leurs livres de classe — et se taisent. Si la pandémie de 2020 a profité à une caste, c’est bien celle des multinationales et de la haute administration. Qui, dans la dystopie communiste qu’on nous prépare, ne seront qu’une seule et même nomenklatura. Mais ceci mérite un chapitre à part.

—•—

Post-Scriptum

Le Covid-19 n’est pas certes pas une maladie anodine, mais l’autodestruction sociétale qu’on lui soumet en offrande est totalement hors de proportion. Ce qui est intéressant à remarquer, c’est que la cascade de disponibilité ne peut être enclenchée qu’à partir d’une cause mineure. Comme lors de l’éclipse à Belgrade, la surréaction est un indice de la bénignité de la cause: un danger réel aurait été géré avec réalisme. On a vu, notamment dans L’Incident, le livre de Nicolas Lévine sur le début de la crise, le flottement désinvolte des gouvernements et des médias se focaliser en vent de panique à jet continu à partir de la mi-mars, essentiellement à cause d’une modélisation catastrophiste (et non à cause de l’impact concret de la maladie). Aujourd’hui encore, dans la plupart des pays, la population n’aurait pas connaissance d’une épidémie démesurément plus grave que la grippe si le système médiatique (médias + gouvernement + experts) ne l’en persuadait quotidiennement. Avec un narratif serein, on aurait pu gérer cette épidémie comme les précédentes sans instaurer la dictature sanitaire.

Notes
  1. Traduit en français par Système 1 / Système 2. Les deux vitesses de la pensée (éd. Flammarion). J’utilise pour ma part la version originale de Penguin, 2011.
  2. Tenant compte du fait que la Fondation Bill & Melinda Gates a investi plus de 250 millions de dollars dans des dizaines de médias, et vu la concordance de leurs tendances avec les projections de Gates, on peut tout de même qualifier ces médias d’agents de disponibilité délibérés. Voir «Conspirationnisme officiel contre conspirationnisme sauvage», AP247, 23/08/2020.
  3. Comme on l’a vu à Moscou en 1934.
  4. Il serait utile d’estimer dans quelle mesure le pic de mortalité de l’automne 2020 dans nos pays est induit par l’incurie et la désorganisation «cause covid» des systèmes de santé. Personne n’y songe, évidemment.

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