Bilan de l’année 2020 par Slobodan Despot

Je vous transmets encore ici un article de l’Antipresse de ce 27 décembre, écrit par Slobodan Despot parce que je considère que c’est très bien écrit et que cela donne le recul nécessaire à de vraies analyses et réflexions.

Peut-être que ceci vous incitera à encourager et vous abonner à l’Antipresse

PAVILLON 2020 OU L’HOSPICE DU DOCTEUR KNOCKENSTEIN

Le Dr Frankenstein avait créé l’humain de synthèse à partir de chairs mortes. Le Dr Knock persuadait ses patients qu’ils n’étaient que chairs mortes en sursis. Les deux se sont alliés en 2020 pour transformer le monde en hôpital cyberpsychiatrique.

«L’homme moderne ne se considère pas comme faisant partie de la nature mais comme une force extérieure destinée à la dominer et à la conquérir. Il parle même de lutte contre la nature, oubliant que s’il gagnait la bataille, il se retrouverait du côté perdant.» (E. F. Schumacher)

Nous vivrons en 2021, j’en suis convaincu, la dernière bataille de l’humanité. Je parle de cette humanité qui peuple nos livres d’histoire, nos fresques, nos albums de famille, nos légions d’honneur et nos prisons. De l’humanité qui s’affronte au goulot de bouteille, qui pratique le délit de fuite, qui planque des résistants à la cave et des comptes en banque aux Bermudes. De l’humanité qui braconne pour braconner et qui jette ses détritus n’importe où. De l’humanité qui grogne, qui conteste, qui fume sans raison, qui triche à l’assurance, qui écrit des chefs-d’œuvre sur des bouts de nappe, qui allaite les enfants de la voisine anémique avant de porter à mémé son bouillon d’onze heures. De l’humanité qui construit le Taj Mahal par chagrin d’amour et des ponts somptueux qui ne mènent nulle part. De l’humanité qui gémit dans les enfers ou qui attend aux portes du paradis.

On pourra toujours, si cette bataille est perdue, appeler ses rescapés «humains» par abus de langage comme on appelle «poisson» les barres Findus. Ce ne sera jamais qu’un coup d’accélérateur dans un processus engagé de longue date. Un raz-de-marée plutôt qu’une infiltration. C’est pourquoi l’an qui vient sera aussi l’heure du grand inventaire, le plus exhaustif depuis que nous avons découvert l’écriture et la religion: que sommes-nous, qui est JE, et y a-t-il une part de mon être que je ne veux céder à aucun prix, pas même celui de la vie?

Des hommes sans goût et sans flair

L’infiltration a déjà accompli l’essentiel du travail. Ne trouvons-nous pas normal que le plus humble avocat vendu dans les supermarchés soit affecté d’un identifiant unique sous forme de code-barres et relié à sa base de données par satellite? Et ne vend-on pas comme «poulets» de pauvres créatures élevées en quelques semaines dans une boîte et qui ne peuvent même pas tenir sur leurs pattes? Et comme «tomates», les poches à eau insipides importées en toute saison de Hollande? Ce sont, reconnaissons-le, des prouesses de la science, mais d’une science du gavage et de l’outrage dont La Grande Bouffe de Marco Ferreri est la grand-messe.

Les Physiocrates du XVIIIe siècle auraient applaudi à tout rompre ces ruptures d’avec le calendrier naturel… jusqu’à ce qu’ils y goûtent. Ou bien, en ancêtres directs de nos transhumanistes, auraient-ils estimé la dénaturation de tout comme un «mal nécessaire» sur le chemin de la parfaite prospérité?

Pourquoi cette dénaturation ne s’étendrait-elle pas aussi à notre espèce? Qu’est-ce qui empêche les propriétaires de l’élevage de proclamer la fusion de notre identité «physique numérique et biologique»?

Ne sentions-nous donc rien venir? Non. Car nous n’avions plus d’antennes pour cela. Il n’y a pas de hasard! L’agueusie (privation de goût) et l’anosmie (privation d’odorat) sont les symptômes caractéristiques du covid. Avec ses sens éteints et sa frousse innée, l’homo supermercator a été tétanisé par la menace immédiate, sans percevoir l’arrière-goût douteux de la médecine qu’on lui opposait. Neuf mois plus tard, il en est arrivé à attendre sans réagir qu’on le pique plus ou moins sous la contrainte avec des sorcelleries(1) bâclées à base d’ailes de chauves-souris (faux) ou de fœtus avortés (vrai) dont nul ne sait rien des bénéfices ni des effets secondaires.

L’année de l’entonnoir

Le bilan de l’année 2020 est vite fait. Même si la bourse a grimpé comme jamais, même si les conflits internationaux se sont envenimés, même si la pression migratoire n’a pas faibli, il n’y a qu’un seul sujet dont tous les paramètres de notre vie et de notre mort découlent désormais: l’état d’urgence sanitaire établi sous le prétexte de combattre le SARS-Cov-2. Le rôle des instances politiques dans nos pays s’est réduit à gérer tant bien que mal les modalités de ce chamboulement sans jamais en questionner les causes.

Le nouveau dieu a donc mis en œuvre son coup de force. Quel dieu? Je le présentais il y a un an exactement, dans mon bilan de 2019:

Au début de mon périple asiatique, marchant sur le Baïkal gelé avec un certain pincement au cœur à l’approche des multitudes connectées de la Chine, j’avais imaginé qu’un nouveau pacte se nouait au-dessus de nos têtes. Le projet de Dieu, le nôtre, l’ancien, avait échoué. L’homme n’était pas à la hauteur. Il menaçait de souiller sa propre niche et d’empoisonner sa gamelle, tel un chien sénile. Il avait trop proliféré pour continuer en tant qu’espèce différenciée, avec son anarchie et ses excentricités. Il consommait trop, ronchonnait trop, ruait trop, coûtait trop.

Devant l’imminence du désastre, un nouveau dieu, plus cynique, venait proposer au vieux de reprendre son affaire pour la relancer sur d’autres rails. En commençant par modifier l’espèce. Notre maquis foutraque serait réduit à un gazon bien lisse, l’homo sapiens arraisonné, taillé, recadré, polarisé comme les molécules d’un aimant. Le noyau d’identité appelé personne passerait de l’individu à la collectivité (la ruche). Dès lors, loger vingt ou cinquante milliards d’unités humanoïdes sur la planète ne poserait plus de problèmes. Et l’on avait, par surcroît, les outils à disposition, entre l’omnisurveillance informatisée, la biotech et la soi-disant «intelligence artificielle», en réalité outil de simplification de l’esprit humain. Le Dieu d’Abraham (mais aussi le Principe du Tao, le Brahman de la Bhagavad-Gita et l’Olympe au grand complet) a-t-il, de guerre lasse, validé le deal, passé la main, accepté la solution managériale à son échec sur Terre? Ou s’est-il rebiffé? (Antipresse 213, 29/12/2019)

Multitudes connectées, modèle chinois, collectivisation, omnisurveillance, biotech, intelligence artificielle, politique remplacée par le management. Le décor y était, ne manquait que la story. Je n’y avais pas pensé, mais un virus est le joueur de flûte idéal pour nous mener à la contention. Seules la police et la médecine, dans l’état de droit d’où nous sommes désormais sortis, avaient sous certaines conditions le droit de contrainte corporelle à l’endroit des citoyens. La dictature policière effraie la masse. La dictature médicale rassure. Le cobaye qui s’ignore de l’expérience de Milgram ne pouvait être persuadé de torturer son prochain à mort que par une blouse blanche, jamais par un flic. Et l’épidémio-logique fait de chacun d’entre nous un tueur potentiel en même temps qu’une victime. La culpabilisation s’ajoute à l’intimidation: si vous dédaignez l’une, vous succomberez à l’autre. Échec et mat.

De l’utilité du scandale

2020 est donc l’année de la bascule, comme sa typographie le décrit. Par deux fois, le deux se résout en zéro, l’opposition des pôles en néant. En neuf mois, le grand hospice occidental, dont les oppositions internes étaient devenues insolubles(2) a basculé dans le néant social, le néant légal, le néant politique et, cerise sur le gâteau, le néant médical. Il a désappris à traiter la grippe et appris à l’aggraver en pneumonie. Il a édicté un contre-serment d’Hippocrate enjoignant le médecin de renvoyer chez lui le malade qui frappe à sa porte. Il envisage des camps d’internement pour apprendre aux infectés la solidarité civique. Ne serait-ce qu’à titre de menace, sous prétexte d’une grosse grippe, c’est totalement renversant: comme traiter les poux à la mitraillette. Orwell n’était pas allé jusque-là, il était somme toute romancier. Or l’avantage de la réalité sur la fiction, comme le disait Mark Twain, c’est que la réalité, elle, n’a pas besoin d’être vraisemblable.

Le scandale est d’ailleurs l’un des outils de commotion de la masse éperdue. On ne peut pas croire que le Pouvoir veuille tirer profit de la situation pour se renforcer et se protéger du peuple par tous les moyens disponibles, comme il l’a toujours fait (parce qu’on a enseigné aux bisounours post-soixante-huitards que le Pouvoir était une relique du passé et qu’il n’y avait que des gentils organisateurs). On ne peut pas croire qu’une industrie notoirement corrompue ait infiltré les institutions, les revues scientifiques et les médias jusqu’à la moelle par la puissance corrosive de son fric. On ne peut pas croire qu’à un confinement inefficace et destructeur en succédera un deuxième, puis un troisième… jusqu’à ce que trois quarts de vos bistrots familiers disparaissent au profit des grandes chaînes comme le WEF de Davos nous l’annonce en toutes lettres(3).

Cela dépasse l’entendement des vierges effarouchées: cela n’existe donc pas. On préfère avaler des fariboles pour petits enfants plutôt que de voir la réalité en face.

Covid-XX

Raison de plus pour la désigner telle qu’elle est: vous êtes largués en rase campagne. Vos élites vous ont lâchés. Vous devez toujours les financer mais elles ne travaillent plus pour vous. Elles ont troué la coque du paquebot et ne songent plus qu’à s’assurer pour elles-mêmes une place dans les chaloupes. Les mesures qu’elles prennent sont plus ineptes les unes que les autres et personne n’est relevé de ses fonctions. Au contraire: les fourriers du désastre publient des livres.

Et il n’y a aucune raison objective que l’hystérie prenne fin. Avec un taux de létalité comme celui du Covid-19, n’importe quelle infection ultérieure fera l’affaire. Toute grippe pourra désormais être baptisée Covid-22 ou Covid-35 et justifier la poursuite du saccage. D’autant que la destruction de l’immunité physique et morale par les mesures antérieures aura rendu la population encore plus vulnérable. C’est un cercle vicieux descendant en entonnoir. Et au bout de l’entonnoir: la piqûre magique. «Aller simple vers la guérison!», comme dit le slogan si scrupuleux des pharmaciens suisses.

En 2021, la planète entière doit devenir un laboratoire d’expérimentation biologique à ciel ouvert. Alors qu’en 2019 encore, un analgésique douteux ou un colorant alimentaire mal documenté suscitaient des interpellations parlementaires et des mouvements de consommateurs. Le corps humain, jusqu’alors, était un sanctuaire protégé par les articles fondamentaux de nos codes de lois. (Rappelons-nous que tout le droit à l’avortement repose sur un dogme absolu de l’individualisme moderne: Moi seule dispose de mon corps et de ce qu’il y a dedans!) Or voici qu’il est devenu aussi accessible que celui des animaux d’élevage. Open bar!

Le vrai mystère

Nos autorités ne peuvent pas être aussi stupides! D’accord, alors quoi?

La question n’est pas de savoir si cette catastrophe a été planifiée, surexploitée ou seulement sousgérée par des sousresponsables sousintelligents. C’est là encore une discussion oiseuse pour les complotistes. Le déroulé des événements était largement prévisible sitôt qu’on s’est rendu compte que le virus ne tenait pas ses promesses de terreur et que le système a mis en branle le train fantôme pour y suppléer en produisant fausse alerte sur fausse alerte, fausse projection sur fausse projection, en désactivant les traitements possibles, en réduisant de manière planifiée les capacités hospitalières et promettant des remèdes sans garantie à des pestes incertaines. Les quatre cent mille morts en France annoncées par l’autocrate aux yeux hallucinés arriveront peut-être, mais le virus n’y sera pour rien.

La question ne porte pas sur l’assaillant, elle porte sur l’assiégé. En l’occurrence, sur le monde où nous avons vécu avant 2020. La question est de comprendre comment tous les piliers de la civilisation «démocratique» ont pu se volatiliser aussi facilement sous les coups de boutoir d’un virus à 0,025 % de mortalité globale(4). Si, en l’an 1453, les Turcs étaient entrés dans Constantinople en poussant la porte du bout de la babouche, qu’est-ce que cela nous aurait appris sur ceux qui défendaient la cité?

Si tout s’est déroulé aussi rondement, c’est bien que, d’une certaine façon, on n’attendait que ça.

/A suivre./

Bibliographie

Mary Shelley: Frankenstein ou le Prométhée moderne, Gallimard.
Jules Romains: Knock ou le triomphe de la Médecine, Gallimard.

Notes
  1. Sens originel du mot grec pharmakopeia, devenu pharmacie.
  2. Voir nos remarques sur l’hypernormalisation«Pourquoi il ne se passe rien (1/2)», AP101 | 05/11/2017;«Pourquoi il ne se passe rien (2/2)», AP102 | 12/11/2017.
  3. Klaus Schwab/Thierry Malleret, COVID-19: The Great Reset, chap. 2.2.1: «En France et au Royaume-Uni, plusieurs voix de l’industrie estiment que jusqu’à 75 % des restaurants indépendants pourraient ne pas survivre au confinement et aux mesures de distanciation sociale qui en découlent. Les grandes chaînes et les géants de la restauration rapide survivront. Cela laisse supposer que les grandes entreprises vont s’agrandir tandis que les plus petites vont diminuer ou disparaître.» On appréciera la rondeur suave des tournures.
  4. Point de situation Covid du 19.12.2020 de Dominique Delawarde.

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